• Comment l'Angleterre parvint à mondialiser le conflit

     

    SEPTEMBRE 1939 :
     LE TORPILLAGE DE L'ULTIME TENTATIVE DE MÉDIATION
    Comment l'Angleterre parvint à mondialiser le conflit

    Le 1er septembre 1939, à l'aube, les troupes allemandes pénétrèrent sur le territoire polonais.

    L’histoire officielle prétend qu’à cette date, la guerre mondiale était devenue inévitable par la faute d’un Hitler mégalomane qui voulait non seulement sa revanche sur 1918, mais aussi asservir l’Europe. Le IIIe Reich n’avait-il pas déjà annexé l’Autriche, démembré la Tchécoslovaquie et envahi la Bohême-Moravie(en violation de la parole donnée) ? La Pologne était la proie suivante avant la France, l’Angleterre, l’Union soviétique… Cette thèse, qui se fonde sur une chronologie superficielle, paraît très solide. Mais l’examen détaillé des événements survenus fin août-début septembre 1939 permet de la réduire à néant. C’est l’Angleterre qui rendit inévitable la mondialisation et la radicalisation de la guerre. Les preuves abondent. J’en étudierai ici une, très nette : le torpillage de la tentative de médiation italienne.

       


    Genèse de la médiation italienne

    -Le torpillage de la tentative de médiation italienne-

    Tout commença le 27 août, lorsque le ministre français des Affaires étrangères, Georges Bonnet, fit « suggérer au Duce l’initiative d’une proposition de conférence qui se tiendrait à Rome» afin de résoudre le différend entre l’Allemagne et la Pologne. Benito Mussolini accepta, mais à une condition : que l’on donnât satisfaction à Hitler en rendant Dantzig au Reich (principale revendication allemande). Informé de cette nouvelle le 31 août au matin, le ministre britannique des Affaires étrangères, Lord Halifax, en conféra avec ses pairs et répondit que la « suggestion concernant Dantzig ne paraissait guère réalisable ». Malgré cette réponse négative, B. Mussolini ne renonça pas.
    Il proposa l’organisation d’ « une conférence pour le 5 septembre, afin de réviser les clauses du traité de Versailles ». Galeazzo Ciano, le ministre des Affaires étrangères italien, soumit immédiatement cette suggestion à plusieurs hautes personnalités étrangères. Bien que sceptique, André François-Poncet (ambassadeur français à Rome), accueillit la proposition « avec satisfaction ». De son côté, sir Percy Loraine (ambassadeur britannique) se déclara enthousiaste. Lord Halifax, pour sa part, se réserva de la soumettre au Premier Ministre britannique, Arthur Neville Chamberlain. G. Ciano recommanda alors une « réponse urgente, car le temps pressait».

    La duplicité anglaise

    A 13 h, A. François-Poncet téléphona à G. Bonnet pour l'informer de l'offre italienne et pour lui demander « une réponse rapide ». Quinze minutes plus tard, un événement capital se produisit, qui venait prouver la volonté anglaise de torpiller la médiation italienne.

    A 13 h 15, M. Corbin (ambassadeur français à Londres) téléphona à G. Bonnet.

     Dans son Journal, celui-ci écrit (je souligne) :
     
    « M. Corbin me téléphone de Londres. Le Premier ministre [A. N. Chamberlain] lui a dit qu'il avait reçu la même offre de M. B. Mussolini ; il est prêt à accepter, mais en imposant la condition nécessaire et préalable de la démobilisation des troupes dans tous les pays. Il estime que cette condition ne sera pas acceptée par l'Allemagne et qu'elle fera échouer le projet de conférence ». Vous avez bien lu : Chamberlain posait une condition en sachant parfaitement qu'elle entraînerait l'échec du projet italien ! Ce fait, effroyable, est confirmé par un membre de l'ambassade de France à Londres, M. Rochat. Le 31 août, il eut un entretien avec le Premier Ministre britannique. Dans son «Compte rendu des journées des 30 et 31 août,1er et 2 septembre 1939»
     
    il écrit :
     
    « Le Gouvernement britannique est d'avis qu'il ne peut opposer une fin de non-recevoir à une offre de solution pacifique mais, d'autre part,qu'il ne peut être question de négocier sous la menace de la force. La première idée de M.Chamberlain est donc de répondre qu'il ne peut accepter la conférence que si elle est précédée d'une démobilisation générale. “Cela suffira sans doute, ajoute le Premier Ministre,pour la rendre impossible”. Il est visible, dit-il aussi, quoi qu'on ne puisse savoir si l'offre a été ou non concertée avec le Chancelier, que celui-ci cherche toujours à obtenir ce qu'il veut sans combattre ». Ce récit est capital pour deux raisons :

    1°) il confirme qu’A. N. Chamberlain rejetait la proposition de paix italienne ;

    2°) il démontre qu’en 1939, dans les cercles diplomatiques, on savait qu’Hitler voulait régler pacifiquement le différend germano-polonais. C’est l’Angleterre qui refusait toute solution à l’amiable. C’est donc elle qui voulait la guerre. La suite, d’ailleurs, le confirmera…

    Une falsification française

    L'appel téléphonique de M. Corbin était si accusateur pour l'Angleterre que les rédacteurs du Livre Jaune Français, un ouvrage officiel publié peu après le déclenchement des hostilités pour justifier la politique de la France, n'ont pas hésité à en falsifier le contenu afin de le rendre anodin. Dans l'annexe III (« Communication téléphoniques de M. Georges Bonnet, ministre des Affaires étrangères, les 31 août, 1er et 2 septembre 1939 ») on prétend que, lors de sa conversation téléphonique du 31 août à 13 h 15, l'ambassadeur français à Londres aurait uniquement demandé au ministre de faire « connaître le plus rapidement possible la réponse française, de manière que le Gouvernement français et le Gouvernement britannique puissent confronter leurs points de vue ». Toute mention de la condition imaginée par les Anglais pour faire échouer l’offre de médiation italienne a disparue. Cette simple omission est un aveu. Revenons toutefois à cette journée du 31 août 1939.

    Daladier retourné par les bellicistes

    Vers 14 heures, G. Bonnet se rendit chez Édouard Daladier (alors président du Conseil) qui finissait de déjeuner. Il lui expliqua l'affaire et appela son attention sur la nécessité d'apporter une réponse urgente à G. Ciano. Bien que hostile, pour des raisons techniques, au projet italien, Daladier promit qu'il réunirait le Conseil pour prendre une décision.
    A 15 h, cependant, le président du Conseil se montra beaucoup plus intransigeant. Dans un appel téléphonique à l'ambassade de France à Londres, il se déclara « absolument contraire à l'idée d'une conférence » et « entièrement opposé » à la démobilisation préalable. De plus, l'homme d'État français désirait rester en accord avec la ligne indiquée la veille aux Allemands : « d'abord règlement direct avec la Pologne ». Or, je rappelle que le 29 août 1939, Hitler avait invité un plénipotentiaire polonais à venir à Berlin pour parvenir à un règlement pacifique de la crise sur la base de seize propositions allemandes. Le Chancelier avait donné à la Pologne jusqu’au 30 août minuit pour envoyer ce plénipotentiaire. Bien que ce délai fût à ce moment dépassé, E. Daladier semblait toujours espérer l’organisation de négociations directes entre l’Allemagne et la Pologne,ce qui était très naïf.  Ce retournement subit s'explique quand on sait qu'entre 14 h et 15 h, E. Daladier avait rencontré :
     
    - 1°) le germanophobe Bullitt, ambassadeur polonais à Paris, selon lequel : « Il ne s'agissait plus de causer, mais de se battre » ;

    - 2°) le général Gamelin qui lui avait dit « qu'on allait vers un nouveau Munich démolissant la Pologne si on acceptait une conférence ».

    Toujours la duplicité anglaise

    Le Cabinet anglais accueillit avec déception les déclarations du président du Conseil. Non parce qu’elles compromettaient la paix ; uniquement parce qu’elles étaient trop franches et qu’elles révélaient ainsi la volonté des démocraties de torpiller l’offre de paix italienne. A 15 h 45, M. Corbin téléphona et déclara : « Lord Halifax  fait observer que le Gouvernement français est certainement conscient du danger qu'il y aurait à avoir à présenter nos vues de manière telle que les démocraties, qui ont toujours affiché leur volonté d'arriver à un règlement pacifique du litige, aient l'air de rejeter une proposition de solution pacifique ». Ignorant ce qui se tramait dans la coulisse anglaise et la duplicité du gouvernement de Sa Majesté, E. Daladier fut très étonné par cette réponse. Ne comprenant plus rien,il téléphona à l'Ambassade de Londres et demanda : « quelle était sur le fond la pensée britannique. Les Anglais souhaitaient-ils qu'une conférence se réunisse ou, au contraire, en voyaient-ils les dangers ? » M. Corbin lui fit alors cette réponse savoureuse qu'il résume ainsi : « J'ai répondu en citant les propos mêmes qui m’avaient été tenus à la fin de la matinée,et d'où il ressortait que M. Neville Chamberlain se rendait parfaitement compte de la manœuvre [comprenez : la manœuvre italienne qui pouvait préserver la paix]. La seule réserve qui [avait] été faite (par Lord Halifax) tendait à ce que la réponse destinée au comte Ciano fût libellée de façon à ce qu'on ne put reprocher aux puissances démocratiques d'avoir écarté trop brutalement une solution pacifique ». C'était clair : la Grande-Bretagne refusait la suggestion italienne mais elle voulait rédiger une réponse telle qu'elle n'endossât pas la responsabilité du refus. Peut-on imaginer plus cynique ? J’ignore quelle fut la réaction d’E. Daladier. Quoi qu’il en soit, à 18 h débuta le Conseil des ministres.

    La France ne ferme pas totalement la porte aux discussions.  

    Celui-ci vit partisans de la paix et bellicistes s’opposer vigoureusement. La situation restait indécise lorsqu’un coup de théâtre survint. Une lettre de Georges Coulondre (ambassadeur français à Berlin) fut subitement apportée à E. Daladier. L'ambassadeur parlait « de l'incertitude et du flottement » qui devait régner « dans les milieux dirigeants » allemands. D'après lui : « L'impression commen[çait] à se répandre dans la population que le Reich n' était pas décidé à aller plus loin ».Cette missive de G. Coulondre renforçait sensiblement la position d’E. Daladier. Après l'avoir lue, celui-ci s'écria : « Tenir, tenir, tenir, tout est là dit en propres termes Coulondre ». La plupart des ministres, fortement impressionnés par l'opinion de l'ambassadeur à Berlin, n'opposèrent aucune résistance.A 21 h, ainsi, le Conseil arrêta sa décision. Celle-ci se résumait en trois points :

    1°) Refus de démobiliser ;

    2°) Poursuite des conversations directes entre l'Allemagne et la Pologne avec choix d'une autre procédure en cas d'échec ;

    3°) Accord au principe d'une conférence mais à deux conditions :

    a) Que la Pologne soit invitée ;
    b) Que le programme de la conférence soit élargi afin de pouvoir établir une paix durable. E. Daladier était parvenu à faire triompher son point de vue. D'après G. Bonnet, cette décision marquait « une grande résistance à l'acceptation pure et simple de la proposition italienne ».

    Entre temps, deux événements importants étaient intervenus :

    - à 18 h 15, Lord Halifax avait répété à Corbin que le Gouvernement britannique « ne [voulait] pas d'un nouveau Munich » ;
    - vers 20 h 30, Londres avait tout simplement coupé les communications téléphoniques avec l'Italie.
    Cette dernière initiative achevait de démontrer que, pour l’Angleterre, il n’était plus question de discuter avec l’Italie pour tenter de sauver la paix. Pour la Grande-Bretagne, il n’y avait désormais plus qu’une issue : la guerre. C’est très probablement la raison pour laquelle, dans la nuit du 31 août au 1er septembre, Hitler ordonna à ses armées de se mettre en marche. Mais comme nous allons maintenant le voir, le Chancelier était encore prêt à stopper les opérations et à discuter.

    La lutte de G. Bonnet

    A 9 heures, le 1er septembre 1939, G. Bonnet arriva au ministère de la Guerre. Les armées allemandes s'étant mises en marche, la décision prise la veille par le Conseil des ministres (poursuites des négociations directes entre l’Allemagne et la Pologne) était dépassée. Pour rétablir in extremis la paix, seul restait le projet d’une conférence. Le ministre des Affaires étrangères chargea donc de la rédaction du télégramme à envoyer au Duce. « J'indiqu[ais], écrit-il, à l'Italie que notre réponse [était] affirmative, sous condition que la Pologne soit invitée et que la Conférence ait un caractère plus général ». Pour l’Angleterre, l’invasion de la Pologne venait au bon moment. Elle allait lui permettre de justifier son rejet du projet de conférence.

    Vers 10 h 30, Lord Halifax informa l’ambassadeur français qu'il envisageait de répondre dans l'esprit suivant : bien qu'il eut apprécié l'initiative du Gouvernement italien et qu'il eut « été heureux de l'examiner avec empressement et de la prendre en considération », « l'initiative prise par le Gouvernement allemand paraissait de nature à rendre toute initiative, sur les lignes dont il s'agi[ssait], impossible ». Dégoulinant d’hypocrisie !

    Peu avant midi, G. Bonnet téléphona à A. François-Poncet les termes de la réponse française. Après avoir rendu un hommage à l'effort de paix italien, le Gouvernement français déclarait : « Il [le Gouvernement] doit toutefois faire observer qu'à son avis une conférence ne saurait évoquer les problèmes touchant aux intérêts de Puissances qui n'y seraient pas représentées ; il ne saurait être disposé des intérêts d'une Puissance hors la présence de cette Puissance. Le Gouvernement français estime qu'une telle conférence ne devrait pas se borner à rechercher des solutions partielles et provisoires à des problèmes limités et immédiats ;elle devrait, en évoquant l'ensemble des problèmes
    à caractère général qui sont à l'origine de tout conflit, aboutir à un apaisement général permettant de rétablir et d'organiser sur des bases solides la paix du monde. » Cette réponse, positive, sauvegardait l'offre italienne. La condition portant sur la recherche des solutions en vue d'obtenir un « apaisement général » ne pouvait qu'enchanter Hitler. Certes, l'invitation de la Pologne s'annonçait plus délicate, mais elle n'avait rien d'impossible.

    A 12 h 15, cependant, le ciel s'obscurcit subitement. M. Corbin informa G. Bonnet que l'ambassadeur polonais à Londres s'était rendu le matin au Foreign Office pour prier l'Angleterre d'appliquer sa garantie le 25 août 1939, l’Angleterre avait signé avec la Pologne un accord d’assistance mutuelle automatique au cas où l’un des deux pays serait agressé ,c'est-à-dire d'entrer en guerre contre l'Allemagne. A titre personnel,Lord Halifax avait répondu favorablement à cette demande. Le danger apparaissait immédiatement : l'entrée en guerre de l'Angleterre (et, donc, de la France) risquait de compromettre l'offre italienne de conférence. C'était certainement la raison pour laquelle Lord Halifax avait répondu si rapidement à l'Ambassadeur polonais. Pour G. Bonnet, il était nécessaire de retarder le plus possible cette éventuelle déclaration de guerre. Cette nécessité était d'autant plus grande qu'à 15 h, A. François-Poncet lui avait téléphoné un message réconfortant : après avoir reçu les réponses des Gouvernements français et anglais, les autorités italiennes jugeaient que l'offre du Duce était encore réalisable (en vérité, la réponse anglaise était négative. Il semble toutefois que B. Mussolini ait passé outre afin de tenter un suprême effort pour sauver la paix). En conséquence, elles estimaient que si la France « pouvait sonder le Gouvernement polonais pour connaître ses intentions à cet égard et si celui-ci éventuellement acceptait la proposition italienne, le Gouvernement de Rome pourrait faire une suprême tentative auprès de M. Hitler ». Tout n’était donc pas perdu et sans attendre, G. Bonnet téléphona à M. Corbin. Après lui avoir résumé le message d'A. François-Poncet et informé que la France allait « chercher à toucher toutes les autorités de Varsovie », il voulut être certain que le « Gouvernement britannique [était] lui-même d'accord ».

    Un premier élément de réponse lui parvint à 15 h 48 : d'après sir Eric Phipps,quelques heures auparavant, l'ambassadeur britannique à Rome, parlant au nom de son gouvernement, avait déclaré que « celui-ci n'estimait pas utile, étant donné les circonstances, de réunir une telle conférence », mais qu'il désirait connaître l'avis de B. Mussolini à ce sujet. Sans surprise, l’Angleterre restait fidèle à sa ligne de conduite. Malgré cet élément peu encourageant, le ministre français n'abandonna pas.

    A 16 h, il parvint à joindre Léon Noël (ambassadeur de France à Varsovie). Par téléphone, il lui demanda si la Pologne acceptait le projet d'une conférence et l'informa que, « bien entendu », cette conférence n'aurait pas lieu en cas de refus. Dix minutes plus tard, M. Corbin renseigna G. Bonnet sur le sentiment anglais : « Dans l'état actuel des choses [déclara-t-il en substance] le Gouvernement [anglais] considérait qu'accepter le projet italien serait “jeter de l'eau bénite sur un homme qui aurait la corde au cou”. Ce projet n'était pas viable » [Id.].

    La note franco-anglaise et la réponse allemande

    Une nouvelle fois, cependant, le ministre ne se découragea pas.

    Peu avant 17 h, il téléphona à A. François-Poncet. Après l'avoir informé qu'il ne pouvait encore joindre Varsovie mais qu'il s'en rapportait « à ce qui serait fait par le Gouvernement de Rome », il proposa « que l'on tente de réunir une conférence » avec la possibilité d'aviser « si on se heurtait à des refus ».

    A 22 h, l'ambassadeur de France à Berlin remit à J. von Ribbentrop le texte suivant : « De bonne heure ce matin, le Chancelier allemand a fait paraître une proclamation à l'armée allemande qui indiquait clairement qu'il était sur le point d'attaquer la Pologne. « Les informations parvenues au Gouvernement français et au Gouvernement de Sa Majesté dans le Royaume-Uni indiquent que des troupes ont traversé la frontière polonaise et que des attaques contre des villes polonaises sont en cours. « Dans ces conditions, il apparaît aux Gouvernements français et du Royaume-Uni, que par son action le Gouvernement allemand a créé les conditions (c'est-à-dire acte de force à caractère agressif contre la Pologne menaçant l'indépendance de ce pays) qui appelle l'accomplissement par les Gouvernements de la France et du Royaume-Uni de leurs engagements à l'égard de la Pologne de venir à son aide. « En conséquence, je dois informer Votre Excellence qu'à moins que le Gouvernement allemand ne soit disposé à donner au Gouvernement français des assurances satisfaisantes que le Gouvernement allemand a suspendu toute action agressive contre la Pologne et est prêt à retirer promptement ses forces du territoire polonais, le Gouvernement français remplira sans hésitation ses obligations à l'égard de la Pologne [...]. » Trente minutes auparavant, l'ambassadeur de Grande-Bretagne avait fait la même communication. Le ministre allemand des Affaires étrangères répondit « qu'il n'y avait pas d'agression allemande, mais que depuis des mois la Pologne avait provoqué l'Allemagne. Ce n'était pas l'Allemagne qui avait mobilisé contre la Pologne, mais la Pologne contre l'Allemagne. La veille, encore, de vraies incursions de corps de troupes régulières et irrégulières avaient eu lieu en territoire allemand ».

    L’Angleterre impatiente de déclarer la guerre

    Quoi qu'il en soit, la note franco-anglaise était très grave, car une déclaration  de guerre au Reich risquait de porter un coup mortel à l'offre italienne. L'inquiétude de G. Bonnet était d'autant plus grande que l'Angleterre, soucieuse de provoquer un conflit le plus tôt possible, pressait le ministre de lui indiquer l'instant où le délai imparti à l'Allemagne pour cesser toute action agressive serait considéré comme dépassé. Afin de retarder l'échéance, G. Bonnet répondait que l'avis du président du Conseil lui était nécessaire.

    A 22 h, prétextant que le Cabinet tenait « en suspens des dispositions importantes qui ne [pourraient] être arrêtées que lorsque serait  connue la marche à suivre » puis alléguant que « la hâte anglaise s'expliquait par la nécessité de la déclaration à faire au Parlement », la Grande-Bretagne renouvela sa démarche (Id). G. Bonnet, toutefois, resta inflexible et déclara que, constitutionnellement, le Gouvernement devait en référer aux Chambres avant de déclarer la guerre.
    Impressionné par ce dernier argument qu'il savait inattaquable, sir A. Cadogan changea de tactique : et « si le Chancelier répondait à la démarche de nos ambassadeurs en termes insultants, attendrait-on vingt-quatre heures pour riposter ? ». Hélas pour ce belliciste, l'Allemagne ne répondit pas dans le sens voulu. Cette dernière requête reste cependant très intéressante, car elle conforte, si besoin était, la thèse selon laquelle en septembre 1939, l'Angleterre fit tout ce qui était en son pouvoir pour que la guerre éclate. Quoi qu’il en soit, dans la nuit du 1er au 2 septembre, l'Agence Havas publia un communiqué selon lequel la France avait apporté une réponse « positive» à l'offre italienne. La paix agonisait, mais elle n'était pas encore morte.

    Mussolini soumet son projet de médiation à Hitler

    Le 2 septembre dans la matinée, l'Italie (que G. Bonnet avait, la veille, encouragé à réunir une conférence malgré la réponse négative de l'Angleterre et l'absence de réponse polonaise) fit parvenir à Berlin le message suivant : « A titre d'information, l'Italie fait savoir, naturellement en laissant toute décision au Führer, qu'il serait encore possible à son Gouvernement de faire accepter le principe d'une conférence par la France, l'Angleterre et la Pologne sur les bases suivantes :

    « 1°) Armistice laissant les armées sur leurs positions actuelles ;

    « 2°) Convocation de la conférence d'ici deux à trois jours ;

    « 3°) Solution du différend germano-polonais laquelle, dans l'état actuel des choses, serait certainement favorable à l'Allemagne. « C'est aujourd'hui surtout la France qui s'attache à l'idée du Duce. » Quelle allait être la réponse du Chancelier ?

    Hitler en accepte le principe  

    A midi G. Ciano appela G. Bonnet au téléphone et lui déclara (je souligne) : « A. Attolico vient de me faire connaître la réponse de M. von Ribbentrop. M. Hitler a pris connaissance du message : il n'est pas opposé à prendre en considération le projet [de conférence], mais il se trouve en présence de deux notes, l'une française, l'autre anglaise, qui lui ont été remises hier soir et dont il ne comprend pas exactement la portée. Si ces notes ont un caractère d'ultimatum, il répondra catégoriquement non aux Gouvernements de Londres et de Paris et ne pourra, en conséquence, prendre en considération un projet de conférence. « M. de Ribbentrop désire, d'autre part, savoir si l'Allemagne peut considérer qu'elle a jusqu'à demain midi pour répondre à ces deux notes. « Le comte Ciano serait donc obligé aux Gouvernements français et anglais d'être mis en mesure de répondre à ces deux questions posées par M. de Ribbentrop. Il y a actuellement dans son bureau M. François-Poncet et sir Percy-Loraine. Ce dernier lui a donné l'assurance que, dans l'esprit du Gouvernement anglais, la note remise hier à Berlin n'a pas un caractère d'ultimatum ». Il est peu probable que sir Percy-Loraine ait répondu d'accord avec son Gouvernement. Quoi qu'il en soit, G. Bonnet, dont on imagine aisément la joie, affirma immédiatement que,« dans l'esprit du Gouvernement français, la note de vendredi n'avait pas le caractère d'un ultimatum » (Id.). A titre personnel, il estima « que les Allemands pourraient avoir le temps de répondre jusqu'à demain midi » et il promit de prendre « de suite l'avis du président du Conseil a ce sujet » (Id.). A cette heure, ainsi, rien n’était apparemment perdu : Hitler se disait prêt à accepter un armistice et le principe d’une conférence à laquelle la Pologne participerait. Tout ce qu’il voulait, c’était qu’on ne le traitât pas comme un valet auquel on donne des ordres. Immédiatement prévenu, E. Daladier décida de s'entendre avec les Anglais pour la réponse. Sans perdre un instant, G. Bonnet entra en communication avec Lord Halifax. L'ultime manœuvre anglaise, celle qui allait donner le coup de grâce à la paix, apparut alors au grand jour.

    L'ultime manœuvre anglaise

    Deux jours auparavant, la Grande-Bretagne avait demandé la démobilisation des troupes, espérant que cette exigence ferait échouer le projet italien. Or, Hitler avait accepté un armistice et avait donné son accord de principe pour la conférence. Il fallait donc formuler une nouvelle exigence qui, cette fois, ne pourrait être acceptée par le Chancelier. Cette exigence était sans précédent. Lord Halifax la formula à G. Bonnet (je souligne) :

    « Quant aux autres questions qui se posent [déclara Halifax], le comte Ciano m'a dit que le projet de conférence devait être réalisable sur la base d'un armistice et à la condition que cette conférence puisse se réunir séance tenante. « J’ai répondu au comte Ciano, à titre personnel, que mon Gouvernement estimerait préalablement nécessaire que les troupes allemandes se retirent du territoire polonais et qu'il serait difficile d'imaginer la réunion d'une conférence dans les circonstances présentes, alors que les troupes allemandes sont en possession [sic]. « Le comte Ciano m'a dit qu'une telle condition serait inacceptable pour M. Hitler, et que celui-ci pourrait au maximum accepter un armistice impliquant le maintien des troupes en possession. Après quoi la conférence pourrait avoir lieu. C'est sur cette question que nous estimons nécessaire de consulter le Gouvernement tout entier. De mon côté, je vous serais très reconnaissant de bien vouloir me faire connaître également l'attitude du Gouvernement français ». G. Bonnet répondit que cette question n'avait pas été posée et que seul le problème du délai avait été abordé. Bien que, selon lui, le retrait des forces d'invasion eut été « souhaitable », il était fort peu probable que Hitler l'acceptât ; en revanche,  « peut-être pourrait-on obtenir le recul des troupes allemandes ». Lord Halifax lui promit de lui faire connaître les décisions prises, sur ces sujets, par son Gouvernement. Quelques minutes après cette conversation, le téléphone sonna de nouveau. C'était M. Corbin. Celui-ci venait justifier la demande anglaise concernant le retrait des troupes. Il informa le ministre français que le Gouvernement britannique « se demandait si le Chancelier Hitler, pour développer son emprise sur le territoire polonais, n'ajournait pas délibérément sa réponse » à la note franco-anglaise de la veille.

    D'après les Anglais (je souligne) :

    « Une fois occupées les positions qu'il aurait jugées nécessaires, le Chancelier se retournerait vers les autres Puissances en déclarant qu'il ne voulait pas poursuivre la guerre avec la Pologne, qu'ayant repris Dantzig et le Corridor, porté secours aux minorités allemandes, il était disposé à faire une paix magnanime sur la base des conditions qu'il avait indiquées le 31 août. Lord Halifax estimait impossible de laisser la situation actuelle se prolonger davantage. « C'est pourquoi [le 1er septembre au soir], il avait suggéré que nos représentants à Berlin fissent sans plus tarder connaître au Gouvernement du Reich l'obligation où seraient nos deux Gouvernements de se considérer en état de guerre avec l'Allemagne si satisfaction ne leur était pas donnée ou si, dans un délai de quelques heures, aucune réponse ne leur était parvenue. Lord Halifax envisageait même une communication par laquelle les Ambassadeurs [auraient déclaré] que la France et l'Angleterre se considéraient dès maintenant comme en état de guerre avec le Reich. « Il fallait prévoir cependant le cas ou le Chancelier Hitler, pour gagner du temps, [aurait fait] une déclaration du genre de celle qui [était] indiquée ci-dessus. Le Gouvernement britannique [était] d'avis de répondre dans cette hypothèse qu'il n'était  pas possible d'ouvrir les négociations avant que le territoire polonais eut  été évacué par les troupes allemandes ». Cette communication est capitale, car elle prouve que, dans les hautes sphères anglaises, la thèse selon laquelle Hitler voulait démembrer la Pologne n'était pas crue : on savait au contraire que le Chancelier allemand était sincère lorsqu’il réclamait uniquement Dantzig et le Corridor. Cette communication démontre également que l'Angleterre craignait une limitation du conflit ; ce qu’elle désirait, c’était une explosion générale.

    La Pologne repousse le projet italien

    L'espoir de paix donné par l'offre italienne s'amenuisait donc. Il s'amenuisait d'autant plus qu'à 15 h, la réponse de la Pologne au sujet de la conférence parvint au ministère des Affaires étrangères. Elle était négative. Le chef de la diplomatie polonaise, le colonel Beck, déclarait : « Nous sommes en pleine guerre, comme suite à une agression non provoquée. La question qui se pose n'est pas celle d'une conférence, mais celle de l'action commune qui doit être menée par les Alliés pour y résister. Je n'ai d'ailleurs rien entendu dire, d'aucun côté, du projet italien ».

    L'Angleterre veut la guerre

    A 17 h 20, la réponse définitive du Gouvernement anglais fut communiquée à G. Bonnet. Sir A. Cadogan déclara : « Le Gouvernement, qui vient de se réunir, a été unanimement d'accord pour estimer qu'il ne pouvait envisager de donner une réponse favorable qu'à une condition préalable : les troupes allemandes devraient être retirées sans délai du territoire polonais ; sans cela, il est impossible d'envisager une conférence. « Le Gouvernement britannique est toujours d'avis qu'en principe, la meilleure procédure serait une négociation directe entre les deux Gouvernements ; toutefois, si ceux-ci voulaient s'associer à d'autres puissances,nous serions d'accord. En ce qui concerne la procédure, le Gouvernement britannique a décidé de donner à M. Hitler jusqu'à minuit ce soir pour retirer ses troupes de la Pologne. Il propose de faire une démarche aux termes de laquelle si, à minuit, ce soir, M. Hitler n'a pas accepté cette condition, nous serions obligés de remplir nos engagements ».

    La France se rallie à la Grande-Bretagne malgré G. Bonnet

    G. Bonnet notifia son désaccord sur le dernier point. Le ministre déclara en outre que le Cabinet français délibérerait au sujet d'une demande éventuelle de retrait des troupes allemandes ; il promit à Lord Halifax une réponse « vers 8 ou 9 heures du soir ». Au Conseil de ministres, G. Bonnet défendit avec force son point de vue :

    - Une « chance, infime peut-être, mais possible de sauver la paix » existait si, contrairement à l'Angleterre, on attendait jusqu'au 3 septembre midi

    la réponse allemande ;

    - La condition posée par les Britanniques concernant l'évacuation des troupes allemandes était « inacceptable et évidemment ne serait pas acceptée par l'Allemagne ». Après quelques discussions, le Conseil accepta d’attendre jusqu'au lendemain midi. Mais il décida également que, tout comme l'Angleterre, la France exigerait l'évacuation du territoire polonais. L'Anglais avait gagné: il avait une nouvelle fois rallié la France à sa politique.

    L'Italie abandonne son projet

    A 21 h 30,G. Bonnet téléphona à G. Ciano et l'informa de la décision française. Le comte répondit que Lord Halifax lui avait déjà communiqué l'exigence anglaise concernant l'évacuation préalable de la Pologne (Id.). Dans son Journal, celui qui fut le gendre de B. Mussolini écrit « Il me semble qu'il n'y a plus rien à faire. Ce n'est pas à nous de donner à Hitler un pareil conseil qu'il repousserait avec force et peut-être avec colère. [...] je téléphone à Berlin pour dire que, sauf avis contraire des Allemands, nous renonçons à poursuivre les pourparlers [...]. « Au milieu de la nuit, on me téléphone du ministère parce que Bonnet a demandé [...] s'il ne serait pas possible d'obtenir au moins un retrait symbolique des forces allemandes de Pologne. Rien à faire, j'écarte cette proposition sans même en informer le Duce ». La paix venait de rendre son dernier soupir. L'Anglais, entraînant le Français à sa suite, lui avait donné le coup de grâce.

    Le télégramme de Hitler au Duce

    Désormais, les événements allaient s'enchaîner pour aboutir, le 3 septembre, à la déclaration de guerre anglaise puis française. Ce même jour à 20 h 51, Berlin envoya à Rome le télégramme suivant signé de Hitler :

    « Duce,
    « Je désire tout d'abord vous remercier pour votre ultime tentative de médiation. J'aurais été prêt à accepter, à condition seulement qu'on puisse me donner certaines garanties quant au succès de la conférence, car, depuis deux jours, les troupes allemandes sont engagées dans une avance extraordinairement rapide en Pologne. Il aurait été impossible de déprécier une fois de plus par des intrigues diplomatiques les sacrifices sanglants de cette avance. Cependant, je crois que l'on aurait pu trouver un moyen si l'Angleterre ne s'était pas montrée décidée a priori à entrer de toute façon en guerre. Je n'ai pas cédé devant les Anglais parce que je ne crois plus qu'on puisse maintenir la paix pendant plus de six mois, disons un an. Dans ces circonstances, j'estime qu'en dépit de tout, c'est maintenant le moment favorable pour la résistance. Actuellement, la supériorité de l'armée allemande en Pologne est si écrasante, dans tous les domaines techniques, que l'armée polonaise s'écroulera à très bref délai. Je me demande si ce succès rapide aurait encore pu être réalisé d'ici un an ou deux. L'Angleterre et la France auraient armé leur alliée dans une telle mesure que la supériorité technique écrasante de l'armée allemande n'aurait pas été aussi évidente. Je me rends compte, Duce, que la lutte qui s'engage est une lutte à mort. Mon propre destin n'y joue aucun rôle ; mais je me rends compte aussi que l'on ne peut pas toujours éviter cette lutte, et qu'après avoir examiné de sang-froid la situation, il faut choisir le moment de la résistance, de façon à lui garantir  vraisemblablement le succès, et je crois dur comme fer, Duce, à ce succès [...]. « Acceptez encore mes remerciements, Duce, pour toute l'aide que vous m'avez donnée dans le passé, et je vous demande de ne pas me la refuser à l'avenir ».

    Certains pourront répondre que Hitler n’avait jamais eu l’intention de participer à une conférence. L’historien allemand Andreas Hillgruber parle de « sa soi-disant intention d’accepter le plan de médiation de Mussolini ». Il « oublie » toutefois que, le 28 juillet 1940 lors d’un entretien secret avec le président slovaque Josef Tiso (en présence de son ministre des Affaires étrangères, Adalbert Tuka), le Chancelier déclara qu’il avait essayé de parvenir à ses fins « d’une manière pacifique, par la voie des traités », que celui proposé à la Pologne « avait été magnanime » mais qu’on lui avait répondu par « la terreur et le mépris » et qu’enfin, les « Anglais avaient saboté la dernière proposition de paix de Mussolini, faite le 2 septembre 1939 ». Or, il faut savoir :

    1°) que le compte rendu de cet entretien secret n’était pas destiné à être dévoilé ;

    2°) que Hitler parlait à des alliés alors sûrs, notamment A. Tuka que l’on dit « tout à fait tourné vers Hitler ».

    3°) qu’à cette époque, le Chancelier était persuadé de la victoire finale (« Le destin avait amené l’Allemagne à combattre pour une nouvelle Europe et ce combat devait se terminer par une victoire » déclara-t-il lors de l’entretien).

    Par conséquent, Hitler parlait librement, c’est-à-dire qu’il dévoilait certainement le fond de sa pensée. Cependant allons plus loin. Admettons qu’il soit impossible d’avoir confiance dans les déclarations du Führer. Oublions ses propos du 28 juillet 1940. Oublions même notre exposé des manœuvres anglaises et supposons que le torpillage de l’offre italienne ait été dû à Hitler. Dans ce cas, lors du procès de Nuremberg, les accusateurs n’auraient rien eu à cacher. Ils auraient dévoilé au grand jour les événements survenus entre le 31 août et le 3 septembre 1939 avant de conclure : vous voyez bien que nous avons tout tenté pour sauvegarder la paix, mais qu’en face on voulait la guerre. Or, ce n’est pas ce qu’il advint.

    Mensonges britanniques à Nuremberg

    A Nuremberg, le substitut du procureur général britannique, J.M.G. Griffith-Jones, accusa l'Allemagne d'avoir fait échouer l'offre de conférence italienne. Mais voici comment il présenta l’affaire :

    « LIEUTENANT-COLONEL GRIFFITH-JONES. - [...] Les plans, les préparatifs, les intentions, la détermination d'exécuter cet assaut contre la Pologne existaient depuis des mois, depuis des années [...]. Et s'il reste le moindre doute à ce sujet, après ce que nous venons de voir, je vous demanderai de considérer encore deux autres documents. « Si vous voulez bien regarder le dernier texte dans votre livre de documents PS-1831, qui devient GB-75. Le 3 septembre encore, Mussolini offre une chance
     de paix. « Nous avons un télégramme daté du 3 septembre à 6 h 30. Je regrette de ne pas pouvoir préciser si c'est 6 h 30 du matin ou du soir. (Ici, M. Griffith-Jones cite le télégramme italien que nous avons reproduit ci-dessus et qui est en réalité parvenu à Berlin le 2 septembre dans la matinée.
    Nous en possédons d'ailleurs la preuve formelle. Elle est apportée par G. Ciano qui, dans son Journal Politique, écrit : « 2 SEPTEMBRE. Cédant aux instances de la France, nous sondons Berlin sur les possibilités d'une conférence. Ce sondage est fait seulement à titre d'information » [p. 145]). Mais, Votre Honneur, Mussolini lui-même ne connaissait peut-être pas tous les plans de l'Allemagne et la proposition fut rejetée dans une lettre décisive que Hitler écrivit en réponse. (Ici, l'accusateur cite le télégramme de Hitler à B. Mussolini en date du 3 septembre 1939). »

    La manœuvre de J.M.G. Griffith-Jones apparaît clairement. Elle consistait à prétendre :

    - que l'initiative mussolinienne datait du 3 septembre ;
    - que le Duce commença par demander au Reich s'il acceptait l'idée d'une conférence et que, quelques heures plus tard, Hitler répondit par la négative. Cette présentation mensongère permettait d'occulter tous les événements survenus entre le 31 août (lancement de l'offre italienne) et le 2 septembre au soir (abandon de l'offre suite à la nouvelle exigence anglaise), événements parmi lesquels on comptait les manœuvres de l'Angleterre organisées afin de torpiller l'initiative de B. Mussolini. En mentant impudemment, les Anglais se sont eux-mêmes condamnés. On ne le répétera jamais assez : en 1939, c’est le parti belliciste anglais au pouvoir qui a voulu et obtenu la guerre. Sans son action, le conflit germano-polonais ne se serait jamais mondialisé, comme tant d’autres conflits locaux avant lui (citons par exemple la guerre russo-polonaise de 1921).

    Vincent Reynouard.

    Source : RIVAROL,n°3011 du 2 septembre 2011,p.11

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